
Le Cambodge accusé de tromper l'UNESCO pour s'approprier un patrimoine culturel (Candidature 2026)
Synthèse des faits
Le Cambodge a soumis la candidature du « Mariage traditionnel khmer » à l'UNESCO au titre du patrimoine culturel immatériel (Liste représentative 2026). Néanmoins, plusieurs illustrations du dossier disponible sur le site ich.unesco.org ne correspondent pas au Sampot, qui constitue à la fois le costume national et traditionnel khmer — parallèlement, il est constaté que de nombreux mariés khmers d'aujourd'hui portent couramment des costumes de style thaïlandais à Sabai lors de leurs cérémonies de mariage.
L'origine de deux trajectoires culturelles distinctes
L'histoire et les preuves académiques s'accordent à démontrer que les deux nations possèdent des traditions vestimentaires nettement distinctes :

Représentation de Siamois (Thaïlandais) dans un temple au Myanmar, datant de la chute d'Ayutthaya (il y a environ 400 ans), époque où des Siamois furent emmenés en captivité. Sur cette image, plusieurs femmes siamoises portent le Sabai.
Cette tradition s'est poursuivie jusqu'à l'ère de Rattanakosin. Dans les années 1960, Sa Majesté la reine Sirikit a initié la création des costumes nationaux thaïlandais en collaboration avec le couturier français Pierre Balmain. Il en est résulté les 8 styles du « Costume thaï royal » (Chut Thai Phra Ratcha Niyom), dont le « Chut Thai Chakkri », caractérisé par un Sabai drapé de biais sur une épaule, laissant l'autre épaule dénudée et formant une longue traîne. Des informations complémentaires sont disponibles auprès du Queen Sirikit Museum of Textiles.
La popularité du costume thaïlandais lors des mariages khmers : des faits vérifiables
Un tournant s'est produit lorsque la Thaïlande a exporté la série télévisée phénomène « Love Destiny » (Bupphesanniwat) à travers la région. L'élégance du Sabai thaïlandais combinée aux broderies raffinées a suscité un véritable engouement au Cambodge. Il ne s'agit pas d'une simple impression, mais d'un fait étayé par de nombreuses photographies de mariages réels : des mariées khmères vêtues d'une écharpe en diagonale formant une traîne, associée à une jupe en brocart de fil d'or avec ceinture, sont devenues fréquentes. Cela contraste nettement avec les mariages khmers antérieurs à la diffusion de la série, où le costume Sampot prévalait. Cet engouement a été si marqué que les autorités cambodgiennes ont autrefois interdit le port du costume thaïlandais pour des séances photos dans le complexe d'Angkor Wat, reconnaissant ainsi qu'il ne s'agissait pas de leur tenue nationale.
Le mariage khmer avant la diffusion de la série « Love Destiny »
Les Cambodgiens ont longtemps perpétué la tradition vestimentaire du Sampot lors des cérémonies de mariage. Même jusqu'à une époque récente, en particulier avant les années 2020, ce style traditionnel demeurait la norme.
La série « Love Destiny » : point de départ de la controverse
La série thaïlandaise « Love Destiny » (Bupphesanniwat) retrace une intrigue historique à l'époque du royaume d'Ayutthaya, sous le règne du roi Narai le Grand (vers 1656–1688), il y a environ 340 à 370 ans. Dans cette œuvre, les femmes de la haute société arborent des tenues composées d'une écharpe Sabai drapée sur l'épaule. La série a rencontré un succès immense, tant en Thaïlande que dans plusieurs pays voisins.
La série « Love Destiny », dont l'immense succès a incité certains Cambodgiens à porter ces tenues jusqu'à en revendiquer la paternité culturelle.
L'engouement suscité par « Love Destiny » au Cambodge a dépassé le cadre du divertissement. Alors que dans d'autres pays, l'intérêt s'est limité au port occasionnel de costumes pour des séances photos, une rhétorique affirmant que ce costume appartenait à l'ancien Cambodge et aurait été emprunté par la Thaïlande est apparue chez certains groupes, soutenue par certaines initiatives institutionnelles au Cambodge.
Costumes de mariage au Cambodge adoptés après le succès des séries thaïlandaises et revendiqués comme locaux.
Malgré des interdictions initiales liées à la reconnaissance que ces tenues n'étaient pas d'origine cambodgienne, la popularité grandissante a mené à une réappropriation progressive. Ne pouvant revendiquer directement le costume auprès de l'UNESCO en raison de son attribution établie à la Thaïlande, la démarche d'inscription a consisté à inclure des visuels de cette tenue dans le dossier d'inscription sans mentionner de détails historiques précis. Des observateurs s'inquiètent qu'une fois la tradition du mariage enregistrée, ce costume soit présenté publiquement comme « le costume national khmer », des préparatifs de célébration ayant été organisés plusieurs mois à l'avance.

Costumes de style thaïlandais préparés au Cambodge en vue des célébrations pour l'UNESCO.
Effet « chambre d'écho » et débats sur les origines
La diffusion de ces idées s'est trouvée renforcée par un effet de « chambre d'écho » au sein de certains cercles au Cambodge, rejetant les perspectives extérieures. Cette dynamique a donné naissance à l'affirmation selon laquelle « l'écharpe Sabai serait d'origine khmère et aurait été adoptée par les Siamois ». Pour appuyer cette thèse, certains invoquent les bas-reliefs d'Angkor Wat, bien que les historiens et archéologues rappellent que ces sculptures représentent des divinités ou figures religieuses hindoues, et non des tenues séculières de la population.
Documents soumis à l'UNESCO : constats et vérifications
Le dossier de candidature intitulé « Traditional Khmer wedding (Cambodia) » pour la Liste représentative 2026, accessible sur le site ich.unesco.org.gov / .edu, rassemble plusieurs photographies d'illustrations de cérémonies nuptiales.
Constats visuels : Au moins une photographie montre la mariée arborant une tenue asymétrique laissant une épaule dénudée avec une écharpe drapée, structure distincte du Sampot traditionnel à épaules symétriques. Par souci de rigueur, il convient de rappeler que lors de premiers articles parus dans les médias thaïlandais (ex. The Nation Thailand, juillet 2025), les ministères de la Culture des deux pays avaient indiqué n'avoir décelé aucune irrégularité dans les documents disponibles à cette période. Ces déclarations intervenaient avant la publication intégrale du dossier sur ich.unesco.org, où les documents officiels sont désormais consultables par le public.
Questions en suspens
Concernant les éléments iconographiques du dossier soumis à l'UNESCO, plusieurs interrogations méritent un examen approfondi de la part des comités d'évaluation :
